Cercle de discussion lors d'une causerie hebdomadaire d'un club de paix au Sud-Kivu

La paix, une habitude hebdomadaire à Uvira, Fizi et Walungu

Il n’y a pas de tapis rouge, pas de caméras, pas de grand discours. Juste une chaise, une bâche tendue à l’ombre d’un manguier, ou une salle de classe empruntée un jeudi après-midi. Et pourtant, c’est là, semaine après semaine, que la paix change vraiment de visage à Uvira, à Fizi et à Walungu.

Dans le cadre du projet « Femmes en Action pour la Paix et la Sécurité au Sud-Kivu » (financé par GIZ-GOPA/PACE), MICHE asbl a organisé, de janvier à juillet 2026, 72 causeries communautaires : trente-six portées par les femmes du réseau COFELEP, et trente-six animées par les jeunes des clubs de paix scolaires. Rien d’extraordinaire en apparence — une discussion, un thème, un cercle de chaises — sauf que ce rendez-vous s’est répété pendant six mois, jusqu’à devenir une habitude. Et en matière de paix, les habitudes comptent souvent plus que les grands discours.

Plus de 190 femmes, filles, hommes et garçons y ont pris part, échangeant sur des sujets qui semblent simples sur le papier — la prévention des conflits, le vivre-ensemble, l’agenda Femmes, Paix et Sécurité — mais qui, dans des zones où les tensions communautaires et transfrontalières ne sont jamais loin, ne le sont pas du tout.

Sifa Minyeko en sait quelque chose. Femme leader à Fizi/Baraka et elle-même vivant avec un handicap, elle a longtemps pensé que la paix était l’affaire des autorités, un sujet réservé à d’autres qu’elle. Les causeries lui ont fait changer d’avis. « J’ai appris que la paix n’est pas seulement la responsabilité des autorités : nous, les femmes et les jeunes, pouvons prévenir les conflits, alerter sur les tensions et contribuer à trouver des solutions pacifiques dans nos communautés », confie-t-elle aujourd’hui. Elle qui hésitait à prendre la parole intervient désormais plus souvent dans son entourage pour désamorcer les tensions avant qu’elles ne dégénèrent.

C’est peut-être ça, la vraie force du projet : ne pas se limiter aux grands ateliers ponctuels, mais installer, semaine après semaine, un espace où la parole circule — et où des femmes comme Sifa apprennent qu’elles ont, elles aussi, un rôle à jouer.

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